Réputés être des mangeurs d'hommes, on les traque dans l'indifférence. « Les Seigneurs de la mer », un documentaire-événement au cinéma depuis le 9 avril, dénonce ce massacre et réhabilite les requins.
«LES REQUINS sont les derniers dinosaures de la planète et l'homme est en train de les massacrer. » Dans « les Seigneurs de la mer », un documentaire stupéfiant qui sort aujourd'hui, le biologiste et photographe sous-marin Rob Stewart dénonce l'extermination à grande échelle des squales, traqués dans l'indifférence générale pour leurs ailerons et victimes de leur réputation de « machines à tuer ». Après six ans de tournage, Rob Stewart estime qu'ils sont menacés de disparition et plaide pour leur protection.
« Cent millions
de requins sont tués chaque année et, dans cinq
ou dix ans, de nombreuses espèces auront disparu
», s'alarme le réalisateur, qui rappelle que
les requins sont apparus il y a plus de quatre
cents millions d'années, bien avant les
dinosaures. S'il ne fallait retenir qu'une image
du film de Rob Stewart, ce serait cette séquence
au cours de laquelle des pêcheurs tranchent les
nageoires de requins qu'ils viennent de hisser à
bord. Incapables de nager et se vidant de leur
sang, les requins sont rejetés à l'eau vivants,
condamnés à une mort par asphyxie.
Une chair
très prisée
L'aileron de requin (vendu jusqu'à 500 $ le
kilo, soit 317 €) est très apprécié en Asie, où
il est servi en potage. En France, si cette
pratique de pêche est interdite depuis 2003, on
consomme aussi beaucoup de requins, leur chair
possédant très peu d'arêtes. Sur les étals des
poissonniers, on trouve du requin-taupe (dit
veau de mer) et de l'aiguillat (saumonette).

« La
plupart des populations de grandes espèces de
requins ont diminué de 60 à 99 %, estime Bernard
Séret, spécialiste des requins à l'Institut de
recherche pour le développement. Or les requins
ont un rôle essentiel de régulateur de la chaîne
alimentaire. » Le déclin de la population de
requins a ainsi eu des conséquences inattendues.
Comme pour les pêcheurs de coquilles
Saint-Jacques de la côte Est des Etats-Unis. «
Comme il n'y avait plus assez de requins pour
les chasser, les raies se sont mises à pulluler
et à consommer en masse des coquilles
Saint-Jacques, d'où un effondrement des stocks
», raconte Bernard Séret. Rob Stewart comprend
d'autant moins que les requins ne soient pas
protégés par la réglementation internationale
qu'ils tuent statistiquement moins - 5 morts par
an - que les éléphants et les tigres
(responsables de 100 décès par an en moyenne).

Le mythe du requin « mangeur d'homme » est
pourtant tenace. Sorti en 1975, le film de
Steven Spielberg « les Dents de la mer » a
marqué des générations entières de nageurs. « A
cause du film, beaucoup de gens n'osent
carrément plus se baigner en mer », déplore
Bernard Séret. « J'ai passé des milliers
d'heures sous l'eau avec eux sans jamais être
attaqué », affirme Rob Stewart. Son documentaire
s'ouvre sur une scène incroyable : entouré de
requins sur un fond de sable dans une eau
turquoise, le réalisateur entoure de ses bras le
corps robuste d'un squale et l'effleure
tranquillement de ses mains. Avec la même
assurance que s'il caressait un dauphin (@
Le Parisien).








